lecture La moutarde de l'Abbaye de la Fille-Dieu à Romont
Journal Agri du vendredi 21 mars 2008
 

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Les Sœurs proposent quatre sortes: moutarde à l'ancienne, forte, extra forte et au miel. Sœur Marie-Jeanne, Prieure de la communauté, ferme délicatement les pots de moutarde La production de moutarde de l'Abbaye avoisine les 2000 pots par année, écoulés auprès de grossistes et de particuliers.

 

Convivialité, douceur du regard et de la voix, joie de vivre transparaissent tout au long du dialogue avec Sœur Marie-Claire, Mère Abbesse, et Sœur Claire, cellérière (économe du couvent). Avec leurs consœurs, elles mènent une vie d'ascèse, ponctuée par sept offices quotidiens, dont le premier débute à 3 h 45 du matin; elles y célèbrent le Seigneur et prient pour le prochain. Adeptes de la règle de saint Benoît Ora et labora (prie et travaille), elles y puisent leur sérénité.
Fidèles à leurs vœux de pauvreté, elles ne manquent cependant pas de réalisme face à leurs obligations financières. Elles paient leurs impôts et rétribuent correctement leur concierge, un père de famille qui sait mettre la main à tous les travaux inhérents à ces grandes bâtisses.
Leurs moyens d'existence s'amenuisent du fait de la baisse des effectifs; d'une trentaine de religieuses dans les années 90, elles ne sont aujourd'hui plus que dix-huit. Elles tirent leurs revenus de la fabrication des hosties, dont la production diminue elle aussi pour cause de désertion des offices religieux. Elles disposent de quelques chambres d'hôtes pour des retraites, un hébergement qui leur procure des rentrées modestes puisque chacun donne selon son bon vouloir. L'assurance vieillesse de leurs consœurs qu'elles entourent avec dévouement les aide à vivre, mais lorsque des soins spécifiques sont indispensables, elles se résignent à les confier à un EMS et, dès lors, cette source de revenu s'amenuise fortement.
En 1987, l'Association des Amis de la Fille-Dieu a été créée avec l'appui de la Confédération, du canton de Fribourg et de nombreux donateurs pour faire mieux connaître la communauté et restaurer l'église. Ces efforts ont permis de rassembler les moyens financiers nécessaires pour contribuer à la restauration et au réaménagement du monastère.

C'est après discussion pour trouver une nouvelle source de revenu qu'un membre de l'association leur a suggéré la fabrication de la moutarde. Sœur Claire a retrouvé au sein de l'Abbaye une recette à l'ancienne de moutarde, composée de produits naturels et ne contenant aucun émulsifiant. Quatre spécialités ont été remises au goût du jour par une spécialiste, amie de la Fille-Dieu, et approuvées par l'Inspecteur des denrées alimentaires. Comme le dit Sœur Claire, responsable de ce secteur: «Nous avons choisi la moutarde parce que c'est un produit assez inédit en fabrication artisanale et qui ne nécessitant pas d'investissement supplémentaire, nous pouvions utiliser notre cuisine récemment rénovée. Comme nous ne disposons que de deux heures consécutives entre les offices, ce produit a l'avantage de ne pas se déprécier lorsqu'il doit reposer."
Les Sœurs ont présenté leurs diverses variétés, à savoir moutarde à l'ancienne, forte, extra forte et au miel, pour la première fois en 2006 au Salon suisse des goûts et terroirs à Bulle. Elles ont maintenant un petit réseau de grossistes et elles écoulent 2000 pots par an.
Un joli résultat pour cette fabrication sans main-d'œuvre extérieure.

ANNE-MARIE PEIRY
 

Sœur Claire, cellérière et responsable de la production de moutarde, mixe les ingrédients. La moutarde est fabriquée selon une recette à l'ancienne, avec des produits naturels et sans émulsifiant. La Mère Abbesse et Soeur Claire
 

pour mémoire : L'ŒUVRE DE TROIS JEUNES FEMMES


L'Abbaye cistercienne de la Fille-Dieu fut fondée en 1266 par Juliette, Pernette et Cécile, trois jeunes femmes qui installent dans ce coin de la Glâne, à Romont, une maison de prière. En 1268, l'évêque de Lausanne visite cette communauté naissante et lui donne le nom de Fille-Dieu. En 1346, l'église est dédicacée. En 1349, le monastère devient Abbaye. 1726 voit la reconstruction du bâtiment du cloître et, en 1996, nouvelle dédicace de l'église.
L'Abbatiale est ouverte à tous et offre un espace de prière où les religieuses se réunissent pour leur liturgie: à 3 h 45, les Vigiles, suivies au scriptorium de la lecture priante de la parole de Dieu; à 6 h 45, Laudes (le dimanche à 7 h 30); à 7 h 05, Eucharistie (le dimanche à 9 h 30) forme le cœur de la journée; ensuite, réunion au «chapitre», la Mère Abbesse lit et commente un chapitre de la règle de saint Benoît; à 9 h, l'office de Tierce se chante en prélude au travail; à 11 h 40, Sexte, suivi du repas pris en silence, accompagné d'une lecture spirituelle; à 14 h, None se chante en prélude au travail de l'après-midi; à 17 h, les Vêpres, temps de louange et d'intercession; à 19 h 10, les Complies se terminent par le chant du Salve Regina.
Marguerite Bays, béatifiée en 1995, venait souvent se recueillir dans ce monastère.
La Mère Abbesse Sœur Marie-Claire veille sur ses consœurs et sur son couvent comme une mère de famille élevant ses enfants. Elle est la dernière couchée et la première levée, elle doit être, et elle l'est, l'exemple pour sa communauté.

A.P.
 

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